

Afin d’encourager la recherche et la valorisation du patrimoine industriel ainsi que les initiatives innovantes des étudiant.es dans ce domaine, le CILAC a décerné, samedi 6 décembre 2025, le Prix CILAC Jeunes chercheurs et chercheuses. Pour sa treizième édition, le jury a apprécié la très grande qualité des dossiers dont l’ensemble contribue significativement à la connaissance et à la mise en valeur du patrimoine industriel, technique ou scientifique. Sur un ensemble de 19 dossiers, 7 candidat.es ont présenté leur travaux lors d’une présentation publique.
Les prix, doté d’un montant de 800 €, ont été remis par Catherine Jaffeux, Cheffe de projet valorisation du patrimoine industriel, EDF.
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Agathe TAVEL, ENSA Paris-Belleville, La lutte urbaine des Pentes de la Croix-Rousse 1969-1977 : de la menace à la protection institutionnelle du quartier
Les Pentes de la Croix-Rousse sont aujourd’hui un quartier animé où cohabitent une vie locale et une activité touristique. La naissance d’un « patrimoine canut » y a émergé au moment de la lutte urbaine des Pentes de la Croix-Rousse, dans les années 1970. En analysant le changement de regard porté sur le quartier, à partir de ses représentations et descriptions, l’étude a traité les qualités matérielles et immatérielles de la Croix-Rousse qui en font sa spécificité et sa richesse patrimoniale. Elle a rappelé le rôle prépondérant des habitants dans la préservation de l’ensemble urbain, menacé par une politique de rénovation, au début des années 1970. La population locale est à l’origine de la prise de conscience collective de l’intérêt du quartier tant pour son patrimoine urbain que textile, allant même jusqu’à inverser la politique urbanistique de la ville. Cette recherche, en croisant l'histoire des canuts avec celle des mouvements de défense du quartier, a permis de mettre en lumière les différents moyens (journaux, photos, comité et évènements) par lesquels les habitants se sont réappropriés l'héritage textile des Pentes de la Croix-Rousse. La lutte urbaine a notamment fait appel au passé militant des ouvriers de la soie, donnant ainsi du poids aux revendications sociales, et de manière plus générale à la participation des habitants aux projets urbanistiques.
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Thomas TOURNADE, ENSA Paris-Malaquais, Ce qu’il reste : Pour une écologie de la mémoire industrielle, vers une réappropriation productive des derniers hauts-fourneaux de Lorraine
Lors de son projet de fin d’études, le hasard l’a conduit aux pieds des hauts-fourneaux de Florange (situés à Hayange), fermés en 2012. L’actualité l’annonçait : plus de dix ans après leur fermeture, ces géants rouillés allaient être démolis pour laisser place à une vaste « zone commerciale », solution toute trouvée pour redynamiser l’économie de cette région de la Lorraine, léthargique depuis la fin de « l’épopée du fer » ! A partir d’observations de terrain et d’entretiens avec la population locale, ce travail a cherché d’autres manières d’hériter. Comment la transmission des mémoires ouvrières peut-elle trouver sa place dans un objet marqué par l’ambivalence du rapport d’un ouvrier à son outil de travail ? Comment cet objet incarne-t-il l’antagonisme des rapports de classe au patrimoine, et comment ces rapports soulignent-ils l’interdiction pour certains d’accéder au « conservatoire de la mémoire » ? Comment déconstruire la prétendue objectivité des rapports à nos héritages, et pour qui ?
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Valentin BOUVRY, UC Louvain – Belgique, Quel avenir pour les moulins à eau en Wallonie ? Le cas du moulin de Cambron-Saint-Vincent
Le moulin de Cambron-Saint-Vincent, situé à Lens dans le Hainaut, est un ancien moulin à eau mentionné dès 1203. D’abord propriété du Chapitre Saint-Vincent de Soignies, il fut exploité à partir du XVIIIᵉ siècle par la famille Degauquier. Le bâtiment actuel, issu de cette période, a connu de nombreuses transformations au fil du temps. Au XIXᵉ siècle, des travaux d’agrandissement et de rehaussement furent entrepris, accompagnés de l’installation d’une machine à vapeur et d’une roue de type Sagebien, particulièrement performante. Ces aménagements ont permis au moulin de s’adapter à la révolution industrielle et de résister un temps à la disparition progressive des moulins à eau en Belgique. Par la suite, il fut transformé en distillerie avant d’être définitivement abandonné en 1961. Depuis lors, ses mécanismes d’origine et plusieurs outils du meunier sont restés en place, témoignant de son activité passée et de la richesse du patrimoine rural wallon ; Bien que le site soit inscrit à l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel, il souffre aujourd’hui d’un état de délabrement avancé et d’un manque d’entretien. Le moulin se détériore progressivement, alors qu’il conserve encore une roue unique en Wallonie, une charpente ancienne et une grande partie de sa machinerie d’origine.
Composition du jury :
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Florence Hachez-Leroy, professeure d’histoire contemporaine et patrimoine industriel, université d’Artois, présidente du jury
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Yves Bouvier, professeur d’histoire contemporaine, université de Rouen
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Géraud Buffa, Conservateur des monuments historiques, DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Anne-Céline Callens, maîtresse de conférences, université Jean Monnet Saint-Etienne
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Anne-Laure Carré, responsable de la collection Matériaux, musée des Arts et métiers
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Jean-Bernard Cremnitzer, architecte DPLG, professeur émérite de l’ENSA Normandie
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Marie-Laure Griffaton, conservatrice générale du patrimoine, Musée de l’air et de l’espace, Présidente du CILAC
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Paul Smith, historien