Le nouveau port rhénan de Strasbourg, capitale du Reichsland, aménagé entre 1898 et 1900, fait office de banc d’essai pour les protagonistes du béton armé naissant dans la province annexée. Du fait de l’ampleur des constructions projetées et du calendrier resserré des réalisations, les nouveaux bassins s’imposent comme le laboratoire régional du nouveau système constructif.
L’ingénieur Édouard Zublin, les architectes Jacques-Albert Brion et Eugène Haug, puis d’autres à leur suite, s’approprient le nouvel art de bâtir, le perfectionnent et font sortir de terre entrepôts et silos qui confèrent son identité propre à ce territoire portuaire. Les premières figures de ce corpus puisent aux sources de l’historicisme monumental, parant les constructions monolithiques de dispositifs architecturaux et d’artifices ornementaux pour en gommer la rigidité. Un glissement s’opère progressivement vers des formes plus rationnelles et plus fonctionnelles faisant la part belle aux lignes droites et aux élévations épurées affichant leur grille structurelle. Le legs de cette période faste est aujourd’hui significativement amputé.
De puissants totems y rappellent cependant les riches heures du commerce des grains et de l’industrie strasbourgeoise de la mouture.