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1) Rapport national (2009-2012) - France - XVe congrès international de TICCIH - Taïwan

Geneviève DUFRESNE - TICCIH French Representative

Depuis notre dernier rapport national de 2009, l’intérêt pour le patrimoine industriel ne s’est pas démenti. Malgré la crise économique, les grands chantiers de rénovation ont pu être menés à leur terme, le CILAC et les associations régionales et locales ont poursuivi leur travail militant et de nouvelles publications ont enrichi la connaissance de notre patrimoine industriel national. Qu’en sera-t-il dans l’avenir proche ? Beaucoup d’incertitudes demeurent car l’État, de même que les collectivités territoriales sont aujourd’hui confrontées à des problèmes budgétaires considérables qui risquent de les contraindre à limiter les investissements dans le domaine culturel et patrimonial. Malgré un certain nombre de succès et de sauvetages parfois inespérés dans le domaine de la protection, certains sites, pourtant défendus avec beaucoup de courage par des associations ont été détruits, souvent par méconnaissance de leur valeur mais la plupart du temps pour des raisons de pressions foncières.

 L’inventaire du patrimoine industriel

On peut considérer aujourd’hui que la moitié des départements a été étudiée ou est en voie d’être inventoriée (sur 95). Deux régions sur 22 ont été terminées : Poitou-Charentes et Champagne-Ardenne. Dans quelques régions, en partenariat avec des collectivités locales, d’autres campagnes ont été menées à leur terme et leurs résultats publiés : le bassin coutelier de Thiers (Puy-de-Dôme),la ville de Lyon (Rhône), l’agglomération de Creil (Oise) et la ville de Saint-Quentin (Aisne). De nouvelles enquêtes ont été lancées récemment dans les départements de l’Hérault, du Calvados et dans la région Aquitaine en collaboration avec l’université de Bordeaux.

Rappelons que les notices rédigées par les chercheurs des services régionaux de l’Inventaire sont, au fur et à mesure, intégrées dans les bases de données nationales du ministère de la Culture (Mérimée pour les bâtiments et Palissy pour les machines). Celles-ci peuvent être consultées sur le site web du ministère de la culture (www.culture.fr).

La protection Monuments historiques

En 2010 plus d’une vingtaine de sites industriels ont été protégés, nombre supérieur à la moyenne. Cela s’explique par le fait que quinze d’entre eux ont concerné des sites du bassin minier Nord-Pas-de-Calais dans le cadre de sa candidature pour l’inscription sur la liste du patrimoine mondial. Deux autres sites miniers ont été protégés : le Puits Couriot à Saint-Etienne (Loire), le carreau de la mine de Champgontier à Prades (Ardèche) et le site du Puits Perret à Saint-Pierre-la-Palud (Rhône).

A Deauville (Calvados) : la gare SNCF de Trouville-Deauville. A Montabon (Sarthe) la rotonde ferroviaire.

Plusieurs sites ont été classés :

A Bordeaux (Gironde) : le pont ferroviaire désigné sous le nom de passerelle Eiffel.

A Lewarde (Nord) : le Centre historique minier en totalité.

A Wallers (Nord) : l’ancien site minier de Wallers-Arenberg en totalité.

A Waziers (Nord) : l’église Notre-Dame des Mineurs.

En 2011, quelques sites importants ont été protégés en particulier l’ancienne manufacture de papiers peints Zuber de Rixheim (Haut-Rhin), créée en 1794, classée en totalité et qui imprime toujours ses papiers peints, ses tissus et ses cuirs « à la planche », dernier établissement en Europe à utiliser les techniques du XVIIIe siècle.

A Lyon (Rhône), l’Atelier Mattelon dans le quartier de la Croix Rousse (tissage de la soie avec des métiers « à bras ») et à Vaux-en-Velin, dans l‘agglomération Lyonnaise, la grande usine Tase, créée en 1892 pour exploiter le procédé de fabrication de la soie artificielle, désaffectée depuis des années mais dont le projet de réutilisation est à l’étude.

Dans le Vaucluse, à Beauport, la fabrique de poudre de garance. Malgré un environnement assez dégradé, grâce à la présence de ses dispositifs hydrauliques, à la conservation de son architecture du XIXe siècle et à l'étonnante préservation de ses étuves, le site présente un grand intérêt. Il est aujourd'hui un des tout derniers témoignant de cette activité majeure du Vaucluse pendant près d'un siècle.

2011 a été aussi l’année de la protection des phares de France, une trentaine a été inscrite sur la liste supplémentaire des Monuments historiques.

Enfin en 2012, la halle Freyssinet de la SERNAM, qui tire son nom de l'ingénieur qui la bâtit en 1927 le long des voies de la gare d'Austerlitz à Paris, très menacée durant des années, qui être était vouée à la démolition ou au démantèlement de la moitié de sa longueur, est définitivement sauvée et protégée. Néanmoins, des incertitudes demeurent sur son utilisation future.


 L’action du CILAC

Le CILAC a poursuivi ses activités en dépit d’une situation économique difficile. Exclusivement constituée de bénévoles, le comité a néanmoins pu poursuivre ses objectifs et publier en trois ans six numéros de « L’Archéologie industrielle en France ».

Le CILAC a réalisé en 2009/2010, une enquête sur les sites industriels protégés Monuments historiques au titre de la loi de 1913 (inscrits ou classés) afin de savoir ce qu’ils étaient devenus. Menée sous la responsabilité de Louis André, maître de conférences à l’université de Rennes 2, l’étude a été publiée dans le n° 56 (juin 2010). Elle apporte des connaissances précieuses sur la situation réelle de ces sites aujourd’hui. Le n° 58 a été consacré aux musées d’entreprises en France et dans le n° 59 ont été publiés les premiers résultats d’une enquête destinée à recenser les opérations de reconversion sur l’ensemble du territoire avec une double ambition : repérer les opérations particulièrement significatives présentant des caractères de « bonnes pratiques » et donner une vision plus complète de cet enjeu majeur du patrimoine de l’industrie.

Le XVI e colloque international, organisé par le CILAC, le Laboratoire Récits de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM) et le ministère de la Culture et de la Communication (Direction, générale des patrimoines), s’est tenu à Belfort du 21 au 24 septembre 2011 sur le thème « Le patrimoine industriel : nouvelles politiques urbaines et sens de la reconversion (Industrial Heritage : New Urban Development and the Significance of the Re-use of Industrial Buildings International Conference). Durant quatre jours, une trentaine de communications et 120 participants ont contribué à la réussite de ce colloque qui nous a permis en outre de découvrir le Parc urbain d’activités de Belfort (Techn’Hom) et les rénovations du patrimoine industriel de la ville.

Dans le cadre de ce colloque, un concours « jeune chercheur » programmé par le CILAC a rencontré un vif succès. 25 candidats avaient déposé un projet, 5 dossiers ont été retenus et leurs auteurs ont pu présenter leur travail à l’ensemble des participants du congrès, sous la forme d’un poster. Le prix, doté d’un montant de 500 euros a donné lieu à une remise officielle à la Fonderie de Mulhouse. Les lauréats ont été un groupe de 5 étudiants pour un projet intitulé « Usine des mémoires ». De courts articles synthétisant les cinq projets retenus ont été publiés dans le n°59 de L‘Archéologie industrielle en France.

Les Actes de Belfort font l’objet du n° 60 de « L’Archéologie industrielle en France », paru en juin 2012 (204 pages).

www.cilac.com


 Les problèmes d’architecture et d’urbanisme

L’idée que le processus de reconversion du patrimoine industriel peut être source de développement urbain économique et social qui a été au centre des réflexions menées lors du Congrès de Belfort, continue à faire son chemin dans la mesure où le fait de le réutiliser constitue en lui-même un acte durable. Une étude très intéressante, commandée par le Service du patrimoine culturel du Conseil général du département de la Seine-Saint-Denis, réalisée en 2009 à partir de 6 sites de référence, a montré que réutiliser des bâtiments industriels était non seulement un acte de développement durable mais également unavantage économique, les coûts pouvant être inférieurs au neuf sous certaines conditions (absence de graves pathologies techniques, et élaboration d'un programme fonctionnel qui soit en adéquation avec la forme architecturale existante).. Aménager dans l’existant limite en effet les démolitions, le recyclage des déchets de plus en plus coûteux aujourd’hui et l’achat de nouveaux matériaux, même si les contraintes d’isolation thermique se révèlent plus complexes1.

Beaucoup d’architectes s’intéressent aujourd’hui au patrimoine industriel car il y a une véritable demande sociale et un intérêt de plus en plus manifeste de certaines collectivités locales mais les problèmes que de nombreux spécialistes se posent aujourd’hui concernent la mise en cohérence des cahiers des charges de la rénovation et la conservation de la mémoire des lieux. Parfois des études ont été menées par des historiens sur l’origine et le développement d’un site, doublées d’une campagne photographique qui auraient théoriquement dû servir de support à la rénovation. Or, l’on constate que fréquemment les maîtres d’œuvre et les maîtres d’ouvrage n’en tiennent pas compte dans leurs projets. Le résultat est que, trop souvent, bien que les façades et les ouvertures du bâtiment aient été conservées, l’intérieur et ses structures anciennes ont complètement disparu. Quant aux machines elles ont la plupart du temps été vendues ou ferraillées…ce qui rend évidemment très difficile l’interprétation des lieux. S’il n’est pas possible de conserver des machines lorsque les bâtiments sont affectés à de nouvelles activités qui n’ont plus rien à voir avec l’industrie, pourquoi ne pas en garder quelques spécimens afin de donner du sens au bâtiment rénové ? Pourquoi ne pas matérialiser sur l’une des façades quelques éléments sur l’origine du bâtiment et son histoire? Pourquoi procéder à des ajouts ou des démolitions partielles souvent inutiles? Les raisons sont sans doute à trouver dans les fait que la culture historique des professionnels et celle des élus ou des administrateurs demeure bien souvent indigente. Il est urgent que les villes gèrent leur patrimoine en le confiant à des responsables compétents.

Toutes ces questions font débat et il serait nécessaire et urgent de déterminer quelles doivent être « les bonnes pratiques » dans le domaine de la rénovation du patrimoine industriel et dans celui de son intégration au tissu urbain des zones en rénovationafin d’éviter de le dénaturer et de le rendre inintelligible aux générations suivantes. Beaucoup de chemin dans ce domaine reste à parcourir.


Les chantiers achevés

Saint-Denis : un grand projet : une Cité du cinéma :

Située au nord de Paris, près du grand stade de France, à proximité de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, cette Cité du cinéma, que nous avions présentée dans notre rapport de 2009, installée dans l'ancienne centrale thermique Saint-Denis Il sera inaugurée en septembre mais les bâtiments ont été d’ores et déjà livrés. Ce complexe cinématographique, déployé sur 63.500 m2 regroupera toutes les activités nécessaires à la fabrication d'un film mais également d’autre activité et une Ecole de cinéma, l’Ecole Louis Lumière.

Marseille (département des Bouches-du-Rhône) : Le silo d’Arenc :

Après plusieurs années de travaux menés sous la direction de l’architecte Eric Castaldi, associé à la SOGIMA (Société de gestion immobilière Marseillaise), le silo d’Arenc situé au cœur du grand projet d’urbanisme Euroméditerrannée est aujourd’hui opérationnel. Cette rénovation a permis d’aménager un ensemble de bureaux sur plus d’un tiers de la surface des différents niveaux. Dans les deux tiers restants et dans la tour construite en 1954, une salle de spectacle peut accueillir 2200 spectateurs.

Guise (département de l’Aisne) : Le Familistère Godin

Le projet Utopia qui consistait à donner au Familistère une ambition culturelle, touristique, économique et sociale touche bientôt à sa fin. Commencé en l’an 2000, le vaste chantier de rénovation, mis en œuvre par le Conseil général du Département de l’Aisne et la Ville de Guise avec le concours financier de l'Etat, de la Région Picardie et de l'Union européenne est en effet envoie d’achèvement. Après les économats, le jardin de la presqu'île, la piscine-lavoir et l'appartement de Godin, les travaux du pavillon central ont été terminés et le théâtre a été réouvert au public en juin 2011. A l'exception de l’appartement de Godin, l'aile droite du familistère reste dévolue au logement privé et les écoles demeurent écoles municipales (130 enfants). Reste à restaurer le pavillon de gauche dont les travaux doivent commencer en 2012 et qui abritera un hôtel.A l'issue de cette dernière campagne, le Familistère de Guise et son musée comprendront 13 sites complètement rénovés.

Dommartin-le-Franc (département de la Haute-Marne) : Metallurgic Park

Porté pendant des années par l'Association pour la sauvegarde et la promotion du Patrimoine métallurgique haut-marnais (ASPM), le projet autour du haut-fourneau sauvé, réhabilité sous la conduite de Gérard Dalstein, s'est complété de deux volets : l'histoire de la fonte d'art et la promotion de la fonderie et de la métallurgie du département dans un cadre très largement international.Ce Metallurgic Park a été inauguré le 16 octobre 2010.

A Dommartin-le-Franc, le maître de forge invite le public à découvrir les secrets de la fonte et des hommes qui travaillèrent autour du haut-fourneau de 1834 et de ses machineries spectaculaires. Dans la halle à charbon, un parcours scénographique interactif et dynamique présente l’importante diffusion de la fonte d’art haut-marnaise dans le monde. Dans la commune de Vecqueville, des pièces monumentales de haute technologie partent chaque jour dans le monde et les visiteurs pourront y découvrir en 2011 l’histoire de l’usine, autour des vestiges du dernier haut fourneau circulaire du XIXe siècle. Au cœur de la forêt, un parcours d’interprétation guide les visiteurs jusqu’à d’anciens gisements de minerai de fer.

www.metallurgicpark.com

Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne) : L'espace culturel « Les 26 Couleurs »

Ancienne centrale électrique et thermique de l'usine de papiers-peints Leroy, « Les 26 Couleurs » doivent leur nom à l'emblématique machine à imprimer en 26 couleurs, conservée dans la salle des génératrices électriques magnifiquement restaurée. Ce site vient d’être entièrement remis en valeur en 2011 et transformé en centre culturel. La Seine-et-Marne est un département qui, sous la direction de son président Vincent Eblé, ne ménage pas ses efforts pour faire connaître son patrimoine, notamment à Champagne-sur-Seine et Montereau.

Les nouveaux musées

Elbeuf (Seine-Maritime) : La Fabrique des Savoirs

Cette ancienne ville lainière dont l’activité a été florissante entre le XVIIIe et le XXsiècle, riche de très nombreux bâtiments industriels de différentes époques, a su transformer, à partir des années 1970, un grand nombre d’édifices en logements collectifs publics ou privés ainsi que d’autres en établissements scolaires ou d’enseignement supérieur. En 2010, s’est ouvert dans une partie de l’ancienne usine Blin & Blin réhabilitée, « La Fabrique des Savoirs », musée dont la moitié de la surface est occupée par la collection textile de l’ancien musée industriel de la ville ainsi qu’un pôle culturel (Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, Centre d’archives patrimoniales, salle polyvalente et Maison des jeunes et de la culture). Cet ensemble très spectaculaire constitue un exemple tout à fait exceptionnel en France de valorisation à grande échelle par une ville, de son patrimoine industriel depuis une trentaine d’année.

Lancey (Isère) : Maison Bergès, Musée de la houille blanche.

Fermée durant de plus de dix ans, la maison d’Aristide Bergès, premier utilisateur de l’énergie hydraulique à travers une conduite forcée, a ouvert de nouveau ses portes en 2011 après d’importants travaux. Propriété du Conseil général de l’Isère depuis 2000, cette résidence patronale offre désormais aux visiteurs, au travers de son éclectisme et de sa décoration Art nouveau, une réflexion sur les rapports entre l’art et l’industrie. Elle se veut également centre d’interprétation du patrimoine industriel de l’Isère et particulièrement de la houille blanche. Le musée de la houille blanche présente plusieurs centaines d’objets ayant appartenus à la famille Bergès et le grand parc qui entoure la maison accueille diverses pièces hydrauliques rénovées.

www.musee-houille-blanche.fr

Grasse (Alpes-Maritimes) : Le Musée international de la parfumerie

Il s’agit d’une extension et d’une restructuration de l’ancien musée créé en 1989. Ce projet d’envergure, essentiel dans le cadre de la valorisation de la parfumerie et de la conservation du patrimoine industriel de la ville, repose sur le concept de « musée éclaté » incluant la mise en valeur d’un bâtiment d’une ancienne usine de transformation des matières premières. Le musée comprend actuellement : au centre-ville, l’hôtel particulier Ponteves (XVIIIe siècle) ainsi qu’un immeuble plus récent et dans l’usine Roure, dont un bâtiment a été entièrement rénové, sera présenté très prochainement l’ensemble des collections industrielles liées aux différentes techniques industrielles utilisées en parfumerie. Enfin, à quelques kilomètres de la ville de Grasse, à Mouans-Sartoux, a été créé sur 3 ha de terrain, un conservatoire de plantes à parfum.

www.museesdegrasse.com

Oyonnax (Ain) : Le musée du peigne et de la plasturgie.

Conservatoire des pratiques artisanales et vitrine des savoir-faire industriels, le musée du peigne et de la plasturgie retrace l’histoire d’une vallée et d’une ville qui a construit son tissu artisanal et industriel dès le XVIIIe siècle. Le musée a fait l'objet de travaux importants de rénovation afin de proposer une valorisation de ses collections. Le parcours de l'exposition a été entièrement repensé dans le souci d'une meilleure compréhension de l'histoire industrielle de la vallée et de la mise en valeur des processus de production liés à la plasturgie.

« L’Aventure Michelin » Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)

Le nouveau musée d’entreprise de la célèbre firme de pneumatiques a ouvert ses portes en 2009. Le lieu : une ancienne filature réhabilitée au sein d’un site de production en activité, regroupe un centre de formation, des archives et l’exposition permanente qui comprend sept espaces dédiés à l’histoire familiale et industrielle de l’entreprise, le long d’un parcours chrono-thématique La muséographie en a été confiée à l’Agence Abaque spécialisée dans le domaine de la réalisation d’expositions et de centres d’interprétation. .

www.aventure-michelin.com

Le Patrimoine mondial de L’UNESCO

Après l’inscription, en 2010, des salines de Salins-les-Bains (département du Jura) en extension de la Saline royale d’Arc-et-Senans (Doubs), déjà inscrite depuis 1982, un événement majeur sera la très probable inscription du bassin minier Nord-Pas-de-Calais sur la liste du Patrimoine mondial dans la catégorie « Paysage culturel évolutif et vivant » lors de la réunion de la 36ème session du Comité qui se tiendra à Saint-Pétersbourg en juillet 2012. C’est l’aboutissement d’un projet d’une ampleur considérable mené depuis plus de dix ans dans la région. Ce dossier est le seul présenté par la France et il est soutenu par le Conseil régional, les deux Conseils généraux et les 160 communes minières représentant 1,2 million d’habitants ainsi qu’une vingtaine de clubs de soutien BMU (Bassin Minier Uni).La mobilisation de la population a été exemplaire durant toutes ces années et la reconnaissance internationale du bassin minier serait un formidable atout pour cette région qui en outre s’apprête à accueillir Le Louvre de Lens dont l’ouverture est prévue à la fin de l’année 2012

Durant toutes ces années le CILAC a toujours soutenu avec force et détermination cette candidature qui dans ses débuts laissait beaucoup de gens sceptiques.


 

Les problèmes de la formation

La relève des chercheurs et des « militants » qui ont été à l’origine du mouvement pour la conservation et la mise en valeur du patrimoine industriel est cruciale pour l’avenir. Ce champ d’étude est encore trop peu présent dans les universités françaises. Citons-en tout de même quelques-unes  qui font un excellent travail : Le Centre de Recherches sur les Économies, les Sociétés, les Arts et les Techniques ou CRESAT, le Laboratoire Récits de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard ou UTBM, la formation Master DRAQ (diagnostic et réhabilitation des architectures du quotidien) de l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Normandie, à l’université d’Artois : le Master professionnel mise en valeur du Patrimoine, spécialité Gestion de projets patrimoniaux, à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne : le Master Erasmus Mundus TPTI en partenariat avec l’université d’Evora (Portugal) et Padoue (Italie). S’ajoutent à ces formations, dans certaines universités, quelques modules spécifiques consacrés à l’étude du patrimoine industriel mais qui ne concernent que des groupes d’étudiants restreints (université de Bourgogne, université de Nantes, université Jean Monnet de Saint-Etienne, universités de Bretagne-Sud et de Bretagne occidentale et université de Savoie).

D’autre part, les cours publics programmés par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, élaborés par L’Ecole de Chaillot en 2011-2012, ont été consacrés au patrimoine industriel durant 26 séances et ont porté sur différents thèmes : manufactures et usines entre villes et campagnes, patrimoine industriel et transformations des territoires, patrimoine industriel et conversions. Cette initiative sera-t-elle pérennisée ?

Enfin, la Région Île-de-France et l'université Paris Panthéon-Sorbonne (Centre de recherche en histoire des sciences et en histoires des techniques, CH2ST-EA 127) ont signé en janvier 2010 une convention de 3 ans pour l'organisation d'un séminaire de recherche consacré au patrimoine industriel sous la responsabilité de Nicolas Pierrot (Service Patrimoine et Inventaire). Ouvert aux chercheurs, enseignants, professionnels du patrimoine, membres d'associations et citoyens désireux de contribuer aux débats, ce séminaire d'histoire appliquée se veut un lieu de confrontation des principes, des méthodes, des compétences et des expériences autour des questions contemporaines posées par l'étude et la mise en valeur du patrimoine industriel, et plus largement, par la valorisation de l'industrie dans le champ culturel.


Les publications récentes

Le nombre d’ouvrages publiés concernant le patrimoine industriel a été important ces trois dernières années.

- BENNANI, Maya, DECROCK, Bruno, GRIOT, François, MARASI,, Julien, avec la participation de René COLINET, Patrimoine industriel des Ardennes , Coll. Indicateurs du patrimoine, région Champagne-Ardenne et APIC, 2009, 288 p.

- FAVEREAUX, Jérôme (textes), MONGREVILLE, Jérôme (photographies) et CEREZA, André (cartes), Patrimoine industriel de la Haute-Saône, Éditions Lieux-Dits, coll . Images du Patrimoine, n° 261, 2010, 112 p.

- RAMBAUD, Isabelle (sous la direc.) La Seine-et-Marne industrielle, Région Île de France, direction des archives, du patrimoine et des musées, Editions Lieux-Dits, 2010, 336 p.

-LACOUR, Virginie, La manufacture de papiers peints Leroy Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne), Somogy Éditions d’art, col. Parcours du patrimoine, Région Île de France, Paris 2009, 72 p.

- Reconvertir le patrimoine, coll. Les cahiers de Jean Hubert n°4, Région Île de France, Seine-et-Marne, Editions Lieux-Dits, 2011, 240 p.

- FLUCK, Pierre (avec le concours de Jean-Marie Lesage), Mulhouse, trésor d’usines, Le Verger éditeur, 2011, 216 p.

- GASNIER Marina, Patrimoine industriel et technique. Perspective et retour sur 30 ans de politiques publiques au service des territoires, Éditions Lieux-Dits, 2011, 304 p.


 Conclusion

Le travail effectué en France dans le domaine du patrimoine industriel par les services de l’Inventaire et les actions menées par le CILAC et les diverses associations ont indubitablement joué un rôle important dans le changement des mentalités. La situation est maintenant plus positive. La conservation des anciennes usines, témoignant d’activités industrielles passées et leur réutilisation pour de nouveaux usages, est plus largement acceptée. Beaucoup de collectivités locales sont intéressées par les anciens bâtiments industriels et certains architectes se sont aujourd’hui en partie spécialisés dans la réhabilitation de tels sites. Néanmoins, cet optimisme ne doit pas faire oublier que de nombreux problèmes demeurent. Citons-en quelques-uns uns : la moitié des départements français n’a pas encore été inventoriée, des sites importants, fermés depuis plusieurs années, même parfois protégés, ont été pillés. La liste des destructions revêtant un intérêt majeur serait longue à dresser. D’autre part, le nombre de sites industriels protégés chaque année est très faible. Enfin, l’on peut continuer à déplorer le peu d’intérêt manifesté par certains chefs d’entreprises dans le domaine de la préservation et de la mise en valeur de leur propre patrimoine industriel.

1 Cremnitzer, Jean-Bernard, Ducroux, Michel, « La reconversion : acte durable et économique ? », L’Archéologie industrielle en France, n° 56 juin 2010