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Revue de web : l'Alsace pionnière du pétrole

L’Alsace, pionnière du pétrole

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PAR JEAN-FRANÇOIS PREVERAUD PUBLIÉ LE 25/03/2014 À 12H14

Quand l'Alsace ressemblait au Far West

Quand l'Alsace ressemblait au Far West © DR

Alors que l’exploitation du pétrole a débuté à Pechelbronn en 1740 et cessé dans les années 70, plusieurs sociétés relancent l’exploration en Alsace en espérant profiter d’un prix du baril élevé pour rentabiliser l’opération.

Connues depuis la nuit des temps, les résurgences huileuses des forêts du nord de l’Alsace furent utilisées dès le 15e siècle par les apothicaires comme remède pour soigner les maux de dents ou les plaies. Il faudra attendre 1734 pour qu’un étudiant en médecine, Jean-Théophile Hoeffel, formalise dans une thèse les bienfaits médicinaux de l’huile de Pechelbronn. Il mentionne aussi des essais de distillation, inventant sans le savoir le pétrole lampant.

De la première société pétrolière à la première raffinerie 

Cette thèse est à l’origine de l’exploitation du gisement dès 1735 par Jean Damacène d’Eyrinis, puis en 1740 par Ancillon De La Sablonnière qui commercialisait déjà de l’asphalte suisse pour calfater les bateaux. Il créé pour cela en 1741 la première société pétrolière par actions. Des premiers forages à l’aide de tarières permettent d’accéder à des filons de sables bitumeux situés à quelques mètres de profondeur dont on extrait l’huile dans un laboratoire par lessivage à l’eau bouillante. C’est la première raffinerie. La distillation permet ensuite d’obtenir des produits pharmaceutiques, de l’huile pour les lampes, de la graisse (l’oing noir) et de la poix. A cette époque, les produits étaient conditionnés dans des futs en bois d’une contenance de 159 litres, les fameux barils qui devinrent l’unité de mesure internationale permettant de quantifier la production d’un puits ou le potentiel d’un réservoir.

Un siècle plus tard, ces méthodes archaïques firent place à des techniques plus industrielles. On débute en 1879 le forage mécanique des puits et l’on atteint, dans un premier temps, des couches productrices entre 300 et 700 mètres de profondeur, puis l’on descend jusqu’à 1 200 mètres. Le champ pétrolifère de Pechelbronn couvre une zone de 35 km de long sur 15 de large s’étendant de Wissembourg à Brumath. Il est constitué de lentilles de sable de 2 à 10 mètres d’épaisseur sur 2 à 5 km de long et de 10 à 30 mètres de large. C’est ce qui rend son exploitation difficile et sa rentabilité faible.

La première pompe à balancier est installée en 1882. Ce premier puits restera en exploitation jusqu’en 1921 et produira 15 794 tonnes de brut. Entre temps, le laboratoire original a cédé la place à une vraie raffinerie industrielle qui produira dès 1873 du pétrole lampant baptisé ‘‘huile blanche’’.

La naissance de Schlumberger 

Notons une originalité des sites d’exploitation alsaciens. A partir de 1917, à l’initiative de Paul de Chambrier, 430 km de galeries furent creusés dans les couches pétrolifères à une profondeur comprise entre 150 et 400 mètres. L’huile qui suintait dans les galeries était récupérée dans des puisards afin d’être remontée à la surface par pompage.

Après la Première Guerre Mondiale, les installations modernisées produisent 75 000 tonnes de brut par an. En 1927, les exploitants adoptent le nom d’Antar pour l’ensemble de leurs productions. C’est aussi à cette date que les frères Marcel et Conrad Schlumberger font à Pechelbronn leurs premiers essais de caractérisation du sous-sol par conductivité électrique. Une méthode qui connaitra le succès auprès de tous les pétroliers du monde et fera leur fortune.

En 1936, les gisements et raffineries de Pechelbronn produisent 6 % de l'essence consommée en France, 7 % du pétrole lampant, 16 % du gasoil, 1 % du white-spirit, 35 % de l’huile, 3 % de la paraffine et 23 % du coke, bitume et brai. Détruites lors d’un bombardement allié en août 1944, les installations seront reconstruites et resteront en activité jusqu’en 1970.

On estime que 3 300 000 tonnes de brut ont été extraites du champ pétrolifère de Pechelbronn, soit environ 20 % de sa capacité. Ce qui en période de pétrole cher réveille l’intérêt pour ce site ancestral. Ainsi, alors que trois champs sont toujours exploités avec une dizaine de pompes, deux nouveaux permis viennent d’être accordés et les premiers forages débutent, tandis que cinq autres dossiers ont été déposés auprès des autorités compétentes.

Et ça c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.musee-du-petrole.com