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Le Cilac proteste ; déni de reconnaissance pour le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais

 PATRIMOINE MONDIAL

LA CANDIDATURE DU BASSIN MINIER DU NORD-PAS-DE-CALAIS REMPLACEE PAR CELLE DES CAUSSES-CEVENNES

Nous avons appris mardi matin que la France ne présenterait pas le dossier « BMU » à la prochaine réunion du Comité mondial qui se tient en juin 2011. Il est remplacé à la dernière minute par celui des Causses-Cévennes, déjà retoqué à deux reprises.

Profondément indigné par le procédé et le mépris qu’il sous tend, le CILAC vient de rendre public le communiqué qui suit.

 UN DENI DE RECONNAISSANCE

Ainsi donc, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, vient de remplacer la candidature du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais par celle des Causses-Cévennes à la prochaine session du Comité du patrimoine mondial, qui se réunit en juin 2011. Il semble que l’ordre soit venu de l’Élysée, à la demande d’élus influents du Languedoc-Roussillon, soucieux de leur candidature déjà rejetée à deux reprises par le Comité mondial.

Le CILAC – Comité d’information et de liaison pour le patrimoine industriel – est profondément outré par cette décision de dernière minute qui manifeste le plus profond mépris à l’égard des promoteurs de la candidature du bassin minier et des 1,2 millions de personnes concernées dans ce territoire. La présentation de la candidature du bassin minier en juin 2011 était acquise depuis janvier 2010. Elle avait été validée par le ministère de la Culture et avait suivi toute la procédure nécessaire pour être présentée au Comité mondial lors de la session de 2011. Les très lourds et complexes dossiers constitués par les instances du bassin minier Nord-Pas-de-Calais ont été communiqués aux experts internationaux désignés, et ces derniers ont déjà mené sur place leurs expertises.

Sans contester la légitimité de la candidature du site naturel des Causses-Cévennes, le CILAC tient à souligner l’exceptionnelle qualité de la candidature du bassin minier, préparée depuis bientôt dix années avec une foi, une ardeur et une réflexion continue par les élus locaux associés à la population.

L’exception tient aussi à l’ampleur de cette candidature qui rassemble sur deux départements pas moins de 161 communes étirées sur 120 kilomètres, 8 communautés d’agglomérations ou de communes, 1,2 millions d’habitants, 600 cités minières, 200 terrils. Pour conforter cette candidature sur la Liste du patrimoine mondial, la DRAC Nord-Pas-de-Calais, service déconcentré du ministère de la Culture, a mené en 2009 une campagne exceptionnelle de protections au titre des monuments historiques aboutissant à l’inscription ou le classement de près de 70 infrastructures et équipements d’origine minière.

L’originalité tient quant à elle au sens donné à cette candidature par ses promoteurs. Il ne s’agit ni de l’embaumement d’un patrimoine pour lui-même, encore moins d’une opération dont seules des retombées touristiques seraient attendues. L’enjeu principal est d’abord destiné à la population : lui faire recouvrer une fierté d’elle-même et de son territoire, fiertés érodées par la fin douloureuse d’une activité industrielle, l’extraction charbonnière, qui a duré 250 ans. L’intention n’est pas de gommer le paysage hérité mais de contribuer à en changer l’image que s’en font tant la population qui l’habite que celle que véhicule la population française. Les promoteurs de la candidature du bassin minier au patrimoine mondial entendent favoriser la place de la culture et du patrimoine minier dans une perspective de développement régional, éloigné de toute désespérance mais fondé au contraire sur une histoire commune matériellement visible dans ses paysages. Ce n’est donc pas par hasard que la candidature répond d’une catégorie de sites que promeut l’Unesco sous l’expression de « paysage culturel évolutif » : des hommes et des paysages anthropiques, issus de l’activité humaine dans une perspective d’avenir non figée.

Voilà tout ce qui rend cette candidature du bassin minier exceptionnelle. C’est sans doute l’une des plus fortes de sens par son épaisseur sociale, celle qu’aurait dû porter la France sans la moindre hésitation. Si l’on en juge par l’émotion ressentie à l’annonce de ce retrait et rapportée par la presse régionale unanime, on mesurera le niveau d’adhésion de la population à cette candidature !

Voilà aussi pourquoi le CILAC qui suit cette candidature avec le plus grand intérêt est aujourd’hui profondément déçu : en elle, le patrimoine industriel, mal aimé dans notre pays, trouve sens et reconnaissance. La candidature du bassin minier au patrimoine de l’humanité propose au monde entier un modèle d’usage et de reconversion économique et sociale de sites industriels.

Rendez-vous en 2012, nous dit-on. Qui peut garantir aujourd’hui après un tel affront et un tel déni de reconnaissance d’une population tout entière que, dans un an, une autre candidature ne lui sera pas préférée par le ministre de la Culture ?