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Les images de l'industrie en France : peintures, dessins, estampes 1760-1870

Soutenance de thèse de Nicolas Pierrot

Les images de l'industrie en France : peintures, dessins, estampes 1760-1870

  samedi 27 mars 2010 

Jury : Anne-Françoise GARÇON, Professeur, Université Paris I Panthéon-Sorbonne (directeur de thèse)

Jean-François BELHOSTE, directeur d’études, EPHE (rapporteur)

Pierre LAMARD, Professeur, Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (rapporteur)

Ségolène LE MEN, Professeur, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, membre de l’IUF

Matthieu PINETTE, conservateur en chef du patrimoine, délégué général du GIP de l’Écomusée Creusot-Montceau

Denis WORONOFF, professeur émérite, Université Paris I Panthéon-Sorbonne.


 

Cette longue et passionnante soutenance ressemblait un peu à une réunion de famille : entre les universitaires, les amis, les collègues, les chercheurs, les membres du Cilac, on avait l'impression qu'une communauté intellectuelle était rassemblée pour partager le couronnement d'une très longue recherche que tous ont abondamment saluée (et que le jury a récompensé au plus haut degré)

Au XIXe siècle, l'industrie se construit, devient très présente mais est pourtant sous -représentée dans le monde de l'art, à tel point que l'on a pu parler d'un conflit de valeurs. La recherche a pourtant montré qu'il existe un très grand corpus d'œuvres, à tel point que N. Pierrot a dû procéder à des sacrifices, renoncer pour garder 2 400 œuvres, dont 1 900 paysages, 323 intérieurs et représentations d'ouvriers ou de travailleurs. La thèse a donc laissé en chemin les illustrations dans les périodiques pour ne travailler que sur les peintures, gravures, lithographies, ce qui fait déjà beaucoup.

 

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 La première partie de la thèse est consacrée à la méthode qui croise analyse des œuvres d'art, qu'elles soient réussies ou médiocres et analyse historique (conditions de création, sens de l'œuvre, formes de la représentation, lien avec le contexte économique.)

La seconde partie s'attache à la vision extérieure (les paysages de l'industrie), la troisième analysant les intérieurs, les ateliers, les ouvriers…

Trois périodes semblent se dessiner : d'abord l'entrée du monde de l'industrie dans les cadres anciens : scènes d'histoire, paysages, vues des châteaux… Au lieu du château royal, on voit la manufacture. C'est une nouveauté alors que dans d'autres écoles, flamandes notamment, le monde industriel est présent depuis longtemps.

Ensuite, l'exaltation d'une France industrielle. Nous sommes, dans les premières décennies du XIXe siècle, dans un rêve d'industrie, même si la Restauration préfère l'aristocratie terrienne à la nouvelle classe entrepreneuriale, même si les Romantiques ont peu d'atomes crochus avec le progrès. L'utilisation de la lithographie permet la diffusion de ces images à une classe moyenne qui croît à ce développement.

Avec le temps, l'imaginaire se transforme ou plutôt se complète avec l'arrivée de l'ouvrier, du travailleur ; la cheminée, d'abord triomphante, fumante de réussite, devient plus menaçante et des images moins iréniques apparaissent.

Cette thèse est de la "belle ouvrage" a dit AF Garçon : elle ouvre des perspectives sur l'appréciation (ou la disqualification) culturelle de l'industrie. Les grands artistes (comme les élites) n'ont jamais réellement prisé l'industrie, même s'il y a dans les images sélectionnées Jongkind, Géricault…

N. Pierrot n'a pas eu recours à la cartographie pour situer les représentations1. On peut le regretter car comment cela permettrait de visualiser l'importance des images, (par exemple alsaciennes, l'absence des mines du Nord), de suivre les diffusions pour ensuite tenter d'expliquer ces présences-absences. Sont-elles liées à des commandes d'un patronat soucieux de se faire valoir,  à la créativité d'artistes séduits par le pittoresque d'une vallée, d'une usine ? A une demande de clients qui achètent des lithographies comme on se met à acheter des bronzes d'édition chez Barbedienne ? Ou au rôle d'éditeurs-imprimeurs qui surfent sur une demande stimulée, renforcée par les expositions nationales, universelles ? Sous l'angle des représentations, toutes les régions ne sont pas égales…

Les débats ont porté sur les développements possibles que permet cette thèse qui ouvre de nombreuses portes à d'autres recherches : les images imprimées, la sculpture, les allégories… De quoi alimenter tout un groupe de chercheurs, ce qui est la marque des thèses fécondes qui, loin de fermer un sujet, un champ, l'ouvrent largement au vent de la recherche.

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Il nous reste à attendre la publication, l'accès au cédérom qui réunirait ces images dont nous n'avons vu que des extraits, assez pour créer la frustration, assez pour espérer...

Le Cilac reviendra sur ce travail plus au fond dans sa revue.

1) Mais les données sont présentes dans le texte et n'attendent qu'un report dans un logiciel de cartographie, précise N. Pierrot.